Crédit ©Wendy Cornu

Née aux abords des plages Dunkerquoises en 1975, elle passe son enfance dans un canton minier de la région de Lille, bercée par le contrepoint des mémoires de sa généalogie : Les histoires humaines familiales marquées par le passage des guerres, la lutte des classes et la lignée des femmes. Cet héritage lui forge une attention particulière aux émotions humaines et à leurs œuvres salutaires. Son premier berceau artistique sera la musique, au conservatoire régionale de Douai, et les arts plastiques : « Mon grand-père maternel était musicien, ma mère peignait, ma grand-mère paternelle peignait… J’ai suivi le fil qu’ils m’ont tendu. »

Déracinée, elle accoste en 1985 dans le sud de la France à Draguignan. Elle poursuit ses pratiques musicales au conservatoire et ses recherches visuelles en autodidacte.

Après un détour à la faculté de lettres de Nice (1993-94), en Art-Communication-Langage et en psychologie, elle transmet son violon d’Ingres pour la musique, les arts plastiques et le théâtre auprès du jeune public (1995-2001). Elle anime des séjours environnement sur l’ile de Port-cros, dans les Pyrénées, En Haute Savoie, organise des séjours découvertes « enfance-jeunesse » sur le cirque, d’autres itinérants en corse, et forme à l’animation. Après avoir passé son brevet d’animateur BEATEP, elle participe au jury du ministère de la jeunesse et des sports dans le Var. Durant cette époque, sa rencontre avec l’œuvre de Stanley Kubrick et celle de Milos Forman va littéralement marquer sa vision du propos et de la forme filmique.

Lors de sa participation au « chant de la chaire » de Nicolas Frize, elle rencontre l’équipe de la scène nationale de Châteauvallon. Elle y passera plus d’une décennie en tant que médiatrice culturelle pour le spectacle vivant (2001-2015). En 2002, elle rencontre aussi sur la bassin Toulonnais Bernard Kalef, qui l’initie à la composition musicale numérique et la fait renouer avec sa voix. En 2004, elle participe au projet « Electric N counterpoint » dans le cadre du 8e forum des musiques actuelles organisé par TANDEM : Elle joue sous la direction de J-M Bossini avec Bernard Kalef & musiciens, et l’ensemble Polychronie. En 2008, elle collabore aussi avec lui sur l’album « Éléments » dans le groupe Riituya Shamani, sous le label Angel Sweet Records (2008). Le groupe se produit au théâtre Denis de Hyères et dans des espaces intimistes du département. Elle continue sa pratique du théâtre à ses heures trouvées, et participe à de nombreux ateliers d’artistes programmés intramuros. Elle sera aussi interprète bénévole pour « Sainte Jeanne des abattoirs » de Catherine MARNAS, « auguste s’envole » de Nicolas Frize, et vivra dans un lancé de spectateur complice une envolée mémorable sur la table trop glissante du spectacle de Sophie PEREZ, dans « laisse les gondoles à Venise ».

Après une année de formation au brevet d’état en tant que conceptrice audiovisuel en 2008-09, elle fait ses premières armes dans le journalisme télévisé et web TV à Lyon et Grenoble. Puis dès 2015, elle entreprend son activité dans la vidéo, la photographie évènementielle et institutionnelle, sur l’aire Toulonnaise et la région Sud. De façon concomitante, elle conceptualise et lance avec son frère la plateforme web KULTIV, dédiée à la culture; Un projet reçu comme lauréat aux training camps de TVT innovation (2016 et 2017). Elle continue aussi à former, cette fois-ci dans le montage vidéo et la sémantique de l’image (2018-2020).

En parallèle, elle entame un travail photographique personnel sur la mise en scène et les lieux de mémoires, en pays européens limitrophes, dans des anciens asiles psychiatriques et sanatoriums laissés à l’abandon. En 2013, au décès de sa grand-mère paternelle, elle redécouvre la puissance de l’image de sa lignée : l’album de photographies prises par son arrière-grand-père, issues des coulisses du front de la grande guerre. Après la nécessité, c’est là que l’écho et l’évidence d’un travail archéologique sur les mémoires des lieux et des Hommes se révèle. Associée à un travail d’écriture allégorique, la collection photographique « La mémoire entre les murs » se construit sur deux années de recherches nomades.

Sur le chemin, après une immobilisation physique, l’écriture d’un long métrage devient salutaire. Au cœur du travail, la question des mémoires, du processus de libération et de la caractérisation du personnage principal devient une obsession. L’exigence de cette motivation fait naître le film expérimental « IL DENTRO » (2016-2018) : premier essai plastique cinématographique de la photographe. Véritable exploration de la psyché, Il Dentro ouvre une voie vers l’itinéraire de l’intime, avec un parti pris résolument symbolique et philosophique. Elle compose quelques opus de la bande son du film, et continue ses recherches musicales électroniques. Elle présente son work in progress à la galerie l’axolotl avec un duo éphémère, Cinematik Counterpoint, pour l’inauguration de l’exposition CLOSE ENCOUNTERS de Michel Scarpa, à Toulon.

Birth’s cave | 2021
Continuité | 2021

A partir de 2018, Nathalie Havez renoue avec sa pratique corporelle grâce aux ateliers de Yoga-danse de Régine Chopinot. Elle oriente son travail filmique vers le clip musical en y intégrant la danse et aborde la photographie avec plus de corps. De retour aussi devant le plateau du spectacle vivant et les coulisses de la création, celles de la danse, sa rencontre avec Wendy Cornu et la compagnie Mouvimento ouvre une nouvelle collection photographique : « CONTINUUM » sur la persistance du mouvement. Ce lien et cette collaboration amorcent aussi de nouvelles expérimentations vidéographiques avec « EVAPORATE », « OSOI » et un documentaire avec Julie Alamelle : « RALENTIR » – 2021.

En Avril 2022, à Hyères, la Villa Noailles accueille sa première exposition sur une collection de photographies : un reportage sur la régénération post-incendie de la forêt des Maures .

Pour Nathalie Havez : « Reporter, c’est témoigner. »

Par ailleurs, son travail photographique entame aussi une nouvelle étape : l’intime dans l’itinéraire de la création, la narration de soi et les figurations du féminin.

Compréhension | 2021